L’espace du yoga

On parle d’espace de pratique, de méditation : pas de pratique, pas de méditation sans « son » espace?

Un atelier du Forum des enseignants de kundalini yoga, Paris, février 2010

L’espace méditatif, par définition, peut être ouvert où que ce soit, et éventuellement en pleine nature. Parcs et jardins sont des lieux possibles, en tout cas du printemps à l’automne à Paris. Le cours de yoga investit plus souvent un espace clos et couvert. Cet espace doit être propre, et constituer un lieu autant que possible réservé, neutre ou du moins doté d’une certaine qualité de neutralité. Ce lieu, au premier abord, est habité par une énergie qu’il est parfois nécessaire de renouveler. On parle de « nettoyage », de purification, de « clarification » mais c’est plutôt d’un retour à la neutralité qu’il s’agit, d’un rétablissement. En ouvrant ce lieu physique, on ouvre également un espace psychique.

Procédures de base

Les procédures de préparation d’un espace pour le yoga relèvent de choix personnels. Néanmoins, voici les pistes qui ont été indiquées lors du Forum des enseignants :

Aération quel que soit le temps, c’est le premier geste, nettoyage de la pièce (balai, aspirateur);

Purification de l’air On purifie l’air notamment avec des résines naturelles (et par exemple, par diffusion des composés volatiles de la propolis). Faire brûler du papier d’arménie (« incense paper ») est aussi très efficace.

L’utilisation de résines naturelles et d’huiles essentielles produit des effets variés dont tous ne sont pas opportuns dans le cadre d’un cours de yoga. Si certains parfums sont trop présents ou trop forts, d’autres, en revanche, concourent à produire l’effet relaxant et stabilisant à rechercher. L’air est formé de particules électromagnétiques qui peuvent s’électriser (ions + et -). Un air ionisé négativement est un air brassé, chargé en Prana (l’air du bord de mer en est le parfait exemple), tandis qu’un air pollué (chargé des molécules synthétiques provenant des matériaux qui nous entourent) est un air qui stagne. On parle de « radicaux libres », à la structure chimique instable, dont l’effet sur les cellules du corps humain peut s’avérer toxique… Pensées et attitudes ont tendance à stagner également dans une telle atmosphère… L’inhalation quotidienne de radicaux libres génère un état d’inflammation chronique de l’organisme, aussi cherche-t-on à purifier l’air.

Les éléments

Le cycle des éléments selon le Feng Shui

L’approche du Feng Shui master Carol Bridges des Etats-Unis (in Yoga Journal) : « Le FS utilise le « chi » (énergie) d’un lieu pour le rendre bénéfique (c’est à dire aussi favorable que possible à nos entreprises) car quel que soit le lieu où nous nous trouvons, son énergie influence ce que nous y vivons et expérimentons. (…) L’aménagement d’une salle de yoga reflètera, en toute bonne logique, l’esprit du yoga. Cet espace devra « rayonner de l’intérieur » tout comme l’élève aspire à le faire. » Carol Bridges explique encore que la couleur, la lumière, l’ameublement (minimal), la propreté et l’aspect dégagé d’un espace contribuent à créer un « bon feng shui ». Ces éléments ont un effet immédiat et puissant sur nous, car dans une pièce ils nous environnent (nous y sommes en quelque sorte inclus). L’espace idéal pour le yoga est simple, dégagé, dénué de tout obstacle ou encombrement. Carol a choisi pour son studio de yoga un jaune pâle dont elle dit qu’il « …semble faire resplendir les murs comme s’ils étaient illuminés par le rayonnement solaire ». Elle place quelques belles photos de postures (asanas) non pas à l’intérieur de la salle, mais dans l’entrée. Le Feng shui propose d’améliorer la qualité énergétique d’un lieu et de favoriser ainsi l’harmonisation des énergies des personnes en présence. Le principe sur lequel repose le Feng Shui est que tout ce qui nous entoure relève d’une énergie universelle. Une substance subtile, non mesurable et sans limite, qui compose le cosmos tout entier, circule dans le monde qui nous entoure, dans notre corps et notre esprit. On l’appelle le chi (prononcé « tchi) en Chine, ki au Japon et prana en Inde.”

L’ambiance et l’éclairage

Ils doivent être apaisants (lumière douce mais suffisante, si possible indirecte pour éviter les brillances et reflets ; lampes et bougies en cristal de sel…). A travers les bougies et l’encens, la lumière, la combustion et la fumée représentent des symboles forts de la présence du sacré et une puissante métaphore de l’écoulement du temps, de la disparition, mais aussi de la transition. La bougie qui brûle est à la fois vue, sentie, entendue.

Les objets

Photos, bougies, statuettes, minéraux (petites pierres, chargées énergétiquement), coquillages, plante en bonne santé, sont les objets que l’on rencontre parfois près d’un tapis de yoga. Ils nous aident à installer l’espace propice à la pratique et à l’enseignement, sans être indispensables. D’ailleurs, il est préférable que le lieu soit visuellement exempt d’objets liés à la sphère privée. Les objets sont des marqueurs d’espace-temps et d’identité. Dans les lieux de pratique/ enseignement, les objets sont impersonnels ou le deviennent (s’ils sont issus de la sphère privée, ils s’en affranchissent).

Les personnes

Le pratiquant ou l’enseignant doit être en affinité avec le lieu : “sentir que c’est notre place” explique Ram Singh.
Et même, ce lieu de référence, de révérence devient un repère qui est créé pour soi et pour les autres. Ainsi on tend en principe à enseigner toujours dans un même endroit. En entrant dans la présence du sacré, nous cherchons également à y inviter toute personne dans une spirale ascendante, entraînée dans un mouvement d’élévation et d’évolution, un espace sacré. Positionnement : par exemple, le professeur face à la porte en position de vigilance, les élèves dos à la porte avec sentiment de sécurité. La position du groupe peut aussi varier (en ligne, en colonne, en demi-cercle, en cercle, en « V »).

Connection L’Adi mantra « Ong Namo Guru Dev Namo » constitue l’ «outil» de connexion commun à tous les pratiquants de kundalini yoga selon l’enseignement de Yogi Bhajan. Il relie l’enseignant à la « chaîne d’or » des enseignants et l’aide à se positionner comme vecteur de transmission de l’enseignement, dans une relation « impersonnellement personnelle » avec ses élèves.

Attitude Lorsque nous « ouvrons » un espace de pratique et/ou d’enseignement du yoga, nous nous préparons « extérieurement » à enseigner  mais aussi intérieurement (par l’attitude, par la connexion, quel que soit le lieu) : on règle la distance par l’attitude (je regarde au-delà de moi-même, au-delà des personnes, au-delà des genres, conformément au serment de l’enseignant de kundalini yoga).

Présence On amène par la présence une énergie, un rayonnement, qui sont propices. L’atmosphère humaine (qu’on appelle aura) peut aussi contribuer à purifier les espaces comme elle peut contribuer à soigner.Guru Jagat Kaur raconte : «J’enseigne dans un gymnase. Nous formons un cercle, les tapis rayonnant à la circonférence de ce cercle. Je suis une des personnes formant ce cercle. Je purifie l’air en faisant brûler du papier d’arménie. Je le parfume avec de l’huile essentielle de lavande-verveine et je place une bougie au centre du cercle. La plupart du temps, nous oublions complètement que nous sommes dans un espace où nous pourrions en théorie nous sentir « perdus » à cause de sa taille.

Les sons

Le son nettoie aussi l’espace de pratique et d’enseignement par la vibration. L’accompagnement musical est d’autant plus efficace qu’il reste sobre : cloche qui a une belle sonorité, cloche tibétaine, gong, tanpura, etc., utilisés également pour la relaxation.

Ram Singh, professeur de yoga et musicien, évoque l’utilisation de musique live : « …il est possible de faire venir des musiciens ou de passer de la musique enregistrée pour accompagner les cours. L’expérience montre que les effets de la musique sur le système nerveux sont très puissants. D’ailleurs, la musique utilisée est soigneusement sélectionnée. C’est une musique qui élève, qui connecte au divin, même si elle est profane… « . A titre d’exemple, mais non des moindres! l’harmonium est un instrument dont la sonorité constitue un accueil vraiment royal à un cours.

Témoignage

L’agencement d’un espace privé se transforme au fil du temps. J’ai été amenée à « ouvrir » et « fermer » successivement l’espace d’enseignement (dispensé en cours particuliers). Pourtant la configuration de cet espace s’inscrit dans la permanence car j’y reviens sans cesse. Le même grand tapis bleu clair, la même carte « The Alphabet of a Teacher » par Yogi Bhajan, la même couverture en coton blanc pliée en guise de coussin.  Je ne croyais pas au départ pouvoir enseigner chez moi. C’est pourtant ce qui s’est produit. Une fois le cours commencé, le cours tend à ne pas être perturbé de l’extérieur…

Merci à Guru Jagat Kaur, Guru Hans Kaur, Ram Singh, enseignants formateurs d’enseignants, pour leurs témoignages saisis sur le vif et à l’ensemble des participants au forum.

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